Femmes de l’industrie: rencontre avec Chris Bergeron, directrice de création de Cossette Reviewed by Aurore Le Bourdon on . Ce mois-ci, Isarta Infos rencontre Chris Bergeron, directrice de création chez Cossette. Ensemble, nous avons parlé de la nécessité de produire du contenu intel Ce mois-ci, Isarta Infos rencontre Chris Bergeron, directrice de création chez Cossette. Ensemble, nous avons parlé de la nécessité de produire du contenu intel Rating: 0

Femmes de l’industrie: rencontre avec Chris Bergeron, directrice de création de Cossette

Ce mois-ci, Isarta Infos rencontre Chris Bergeron, directrice de création chez Cossette. Ensemble, nous avons parlé de la nécessité de produire du contenu intelligent, des carrières d’une vie et de la communauté LGBT dans l’industrie.

c-bergeron-cossette-1

Vous êtes arrivée tard dans le milieu de la publicité, quel a été votre parcours avant Cossette? 

Chris Bergeron: j’ai commencé en 1996 à faire de la radio communautaire, et en 97 j’ai intégré La Presse comme chroniqueur pigiste resto, mode de vie, clubs et je collaborais en parallèle à Radio Canada International où je traitais des sujets politiques, sociaux, scientifiques, culturels… C’était une très bonne école. J’ai ensuite été responsable de la communication chez Rock Demers, tout en restant journaliste pigiste, avant d’intégrer une start-up Web et c’est en 2001 que je suis rentrée au Voir.

J’étais chef de pupitre d’un cahier de 16 à 20 pages qui couvrait le mode de vie comme un fait culturel: c’était novateur car à l’époque, les designers, les chefs, ces gens-là n’étaient pas encore considérés comme des artistes. Nous, on a décidé de les interviewer exactement de la même façon que les musiciens, comédiens etc. Après environ 4 ans à ce poste, je suis passée rédac’ chef national du Voir, de nouveau pour 4 années. Et c’est en 2010, à 35 ans, que j’ai fait le saut dans le milieu de la publicité, d’abord chez Sid Lee puis chez Cossette.

Comment fait-on la transition? 

Chris Bergeron: par le contenu. Chez Sid Lee je m’occupais du compte de Tourisme Montréal, qui est finalement très proche du Voir: j’ai continué à faire la promotion de Montréal par le biais de sa culture. C’était une belle transition. Entre les deux agences, j’ai travaillé comme pigiste sur les Croque Livres, l’un des projets dont je suis la plus fière!

Et finalement, Cossette, où j’ai porté trois chapeaux en deux ans: d’abord un rôle de directrice de création «360», puis je me suis attelée à la construction d’une équipe de création numérique, en appui à celle de programmation, analyse, etc. – qui est déjà très forte au sein de l’agence – et désormais c’est le retour aux sources: je m’occupe du contenu.

On dirait que le contenu est revenu à l’ordre du jour, on en parle beaucoup: pensez-vous que ce soit une bonne chose, vous qui travaillez dedans depuis toujours? 

Chris Bergeron: je pense surtout qu’il ne faut pas voir le contenu comme une économie. Le contenu, c’est ce qui intéresse les gens, contrairement à la publicité qui essaie de retenir quelques secondes de leur attention. Le contenu doit proposer une expérience de marque de qualité, il faut donc mettre les talents et l’énergie nécessaires, vraiment y réfléchir et que ce soit au coeur des communications pour que ce soit intéressant.

Quelles différences, ou ressemblances, voyez-vous entre votre ancien métier de journaliste et celui de publicitaire ? 

Chris Bergeron: le point commun est de s’assurer que ce que l’on va produire sera à la hauteur des attentes du lecteur- consommateur. C’est sa réaction qui nous intéresse, plus que ce que l’on a envie de dire.

Mais bien sûr, on ne peut pas ignorer que lorsque l’on est publicitaire, l’objectif est de servir la marque, qu’elle soit mieux reconnue, mieux aimée, et de plus en plus, que les ventes soient dopées. En tant que journaliste, on est beaucoup plus au service de grands principes.

Vous avez évolué dans des structures importantes et reconnues, c’est un choix? 

Chris Bergeron: oui j’imagine que c’est rassurant d’un côté mais c’est aussi valorisant. J’aime travailler pour des compagnies avec une histoire, pas forcément dans le temps, mais qui soit inspirante.

J’ai aimé et j’aime encore les entreprises chez qui j’ai travaillé. Je pense que c’est indispensable d’y croire: lorsque j’étais au Voir, je l’avais tatoué sur le coeur, pareil pour Sid Lee et pour Cossette aujourd’hui.

Votre job est très demandante, vous êtes sur de nombreux comptes et avez de grosses responsabilités. Comment gérez-vous ce rythme de travail?

Chris Bergeron: le fait d’avoir la quarantaine passée, je considère que les journées de 20h non-stop (et j’en ai fait!) ce n’est plus pour moi. J’ai une semaine de gros rush par mois, où en effet ce sont de très longues heures, mais le reste du temps je ferme les écoutilles à 19h: je lis, je sors, j’écoute Netflix… J’en ai besoin, sinon je n’aurais plus l’énergie, plus les bonnes idées.

L’équilibre est très précieux: c’est ce qui fait qu’on a encore une carrière à 50 ans, car c’est facile de brûler en pub.

Quelles qualités faut-il, selon vous, pour réussir dans un métier à responsabilités comme le vôtre? 

Chris Bergeron: je pense qu’il faut être à l’écoute de ses équipes, ce qui n’est malheureusement pas mon fort. Étant constamment en développement, je n’accorde pas assez de temps à mes équipes, et je dois faire un effort pour régler ce problème. Je pense aussi qu’il faut savoir s’entourer de gens avec des talents complémentaires, et s’assurer que l’on peut, nous aussi, leur apporter quelque chose: il faut trouver ses partenaires, ses co-Jedi et ses Padawan, en fin de compte! [rires]

Je dirais aussi que pour réussir et gravir les échelons, dans cette industrie, il faut tout donner et y croire très fort, même si c’est dur.

Qu’aimez-vous le plus dans votre métier? Et à l’inverse, qu’est-ce qui vous plaît le moins? 

Chris Bergeron: ce que j’aime le plus, c’est évidemment de trouver des idées. Il n’y a rien de plus cool que de trouver l’idée, beaucoup plus que sa réalisation. La première étincelle est vraiment celle qui m’intéresse. Ce que j’aime le moins, c’est la perte, il y a beaucoup de gâchis en publicité pour toutes sortes de raisons, la structure des agences, celle du client, le légal… Tout ça peut freiner le travail.

On sait qu’il y a beaucoup de femmes dans l’industrie mais en direction de création, ce sont encore les hommes qui sont les plus nombreux. Qu’en pensez-vous? 

Chris Bergeron: c’est vrai, mais ça ne peut que changer dans la mesure où malgré tout, de plus en plus de femmes arrivent dans des postes de direction de création. Selon moi, d’ici 4 ou 5 ans, on aura la parité – d’ailleurs on pourrait déjà y être, ce n’est qu’une question de décision. Il y a une culture du DC macho, fêtard, qui doit absolument disparaître vite et bien. Heureusement il y en a de moins en moins. J’ai la chance de travailler dans une agence où la patronne est une femme, où il y a de nombreuses VP femmes, etc.  Cependant, c’est vrai que le rôle traditionnel de la femme, en pub, est celui de la maman: c’est elle qui organise, qui parle aux clients, qui gère le budget et prend les notes dans les meetings…

Mais tout ça, ça bouge et c’est important car l’avenir de la publicité passe par une pensée féminine: l’écoute, la réactivité, une certaine générosité, des valeurs. L’expérience, le côté «wow» qui est assez masculin, est délaissé au profit de la relation, qui est «toi et moi au quotidien»: c’est très féminin et c’est exactement ce que recherchent les marques.

Et qu’en est-il de la représentation de la communauté LGBT, dans l’industrie? 

Chris Bergeron: pour ce qui est de la communauté transsexuelle, qui me concerne, on est tellement peu que c’est difficile de parler de représentation. Je pense qu’en publicité, les LGBT sont acceptés, de plus en plus. J’ai personnellement vu une évolution positive: aujourd’hui on m’autorise à être qui je suis, comme je suis, à l’agence comme chez le client. C’est assez représentatif de l’évolution culturelle de la société: il y a 10 ans, être trans n’était pas acceptable, il y a cinq ans ça l’était un peu plus et aujourd’hui c’est protégé, en tous cas.

Ça reste encore difficile de marcher dans la rue, mais dans le cadre du travail je n’ai pas de problème, les clients ne peuvent plus se plaindre aujourd’hui, ce qui m’est arrivé par le passé.

Je pense aussi que les gens ont conscience de toute la difficulté du processus par lequel je passe présentement, et respectent le fait que j’arrive à garder une carrière intense malgré les soucis de santé. J’ai un très bon rapport avec tous mes clients, qui prennent de mes nouvelles, s’intéressent à ce que je vis. Ça enrichit la relation.

Pour conclure… à date, quel regard portez-vous sur votre carrière? 

Chris Bergeron: j’ai tellement de chance! C’est un vrai privilège d’avoir fait deux métiers, et j’ai plaisir à penser qu’une troisième et quatrième carrières vont arriver, éventuellement!

A propos de l'auteur

Aurore Le Bourdon
Responsable des contenus

Responsable des contenus d'Isarta Infos, Aurore Le Bourdon a travaillé dans les services de Communication/Marketing de firmes internationales et en agences de publicité. Elle a aussi été journaliste pigiste pendant plusieurs années pour des mandats corporatifs ou pour la presse française. Elle est titulaire d'un baccalauréat en langues étrangères et de deux maîtrises: l'une en Marketing et Gestion des entreprises, l'autre en Communications Corporatives.

Laisser un commentaire

X
Retour en haut de la page