60 % des emplois au Québec hautement exposés à l’IA : Un risque ou une opportunité à saisir ?
Par Kévin Deniau

L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) vient de publier un rapport fort instructif sur l’exposition potentielle des professions à l’intelligence artificielle au Québec. Genre, type d’emplois, diplôme, télétravail… Voici les 5 points essentiels à retenir pour les professionnels des ressources humaines.
1. Près de 6 emplois sur 10 hautement exposés à l’IA
Le chiffre est impressionnant : environ 59 % de la main-d’œuvre québécoise occupait en 2024 un emploi présentant une haute exposition à l’intelligence artificielle, soit environ 2,7 millions de personnes.
Traduction : plus de la moitié des travailleurs québécois verront leurs tâches quotidiennes potentiellement transformées par l’IA dans les années à venir, que ce soit par augmentation de leurs capacités ou par substitution de certaines activités. Une proportion similaire à l’ensemble du Canada.

Élément rassurant : ce chiffre n’évolue guère depuis plusieurs années.

2. Une exposition fortement défavorable aux femmes
C’est l’un des constats les plus frappants du rapport : la transformation de l’IA ne touche pas équitablement tous les Québécois et Québécoises. Les femmes sont en effet significativement plus exposées à l’IA que les hommes : 71 % des emplois occupés par des femmes présentent une haute exposition, contre seulement 49 % pour les hommes.

Comment expliquer cette différence ?
La composition industrielle et professionnelle selon le genre, indique Luc Cloutier-Villeneuve, l’auteur du rapport. Les hommes sont davantage concentrés dans des professions de production qui sont moins susceptibles d’être affectées par l’IA que les professions des services, qui comptent principalement des femmes ».
Et cette tendance ne va pas en s’améliorant : en 2019, le tiers des emplois occupés par les femmes se trouvaient dans des professions faiblement exposées à l’IA, contre 29 % en 2024.
3. Le diplôme universitaire, principal facteur d’exposition
On a souvent présenté l’IA comme une révolution pour les « cols blancs ». Mythe ou réalité ? Réalité d’après l’étude ! 86 % des emplois occupés par des personnes détenant un diplôme universitaire (baccalauréat et plus) se trouvent dans une profession hautement exposée à l’intelligence artificielle. À l’opposé, seulement le tiers des personnes ayant un diplôme secondaire ou moins sont exposées à l’IA dans leur emploi.

Étant donné que l’IA parvient de plus en plus à effectuer des tâches cognitives et non routinières, on doit s’attendre à ce que les personnes hautement qualifiées soient plus à risque d’être exposées à l’IA. Les personnes les plus scolarisées occupent généralement des emplois qui exigent des compétences cognitives, notamment en ce qui a trait aux technologies de l’information, à la littératie et à la numératie », écrit M. Cloutier-Villeneuve.
Corollaire de ce constat : plus la rémunération horaire est élevée dans les professions, plus l’exposition potentielle à l’IA est forte, même si bien souvent, il s’agit d’une forte complémentarité, notion sur laquelle nous reviendrons dans le dernier point.

L’âge, toutefois, n’est pas un déterminant de l’exposition à l’IA : de 25 ans à plus de 55 ans, la part d’exposition reste relativement similaire.
4. Le télétravail comme indicateur quasi parfait
C’est une corrélation surprenante quoique logique à la lumière des enseignements précédents : pratiquement toutes les professions où le télétravail est possible sont hautement exposées à l’IA !
Ces professions exigent fréquemment des formations postsecondaires, particulièrement universitaires. À l’inverse, pour les professions dont le télétravail est impossible (construction, production), une large majorité (environ 69 %) des emplois sont faiblement exposés à l’IA. Cette distinction claire entre travail à distance et présence physique devient ainsi un indicateur prédictif de l’exposition technologique.

Intéressant de noter que les emplois du secteur public sont également plus exposés que ceux du secteur privé.

5. Forte et faible complémentarité : deux impacts distincts
Concluons cette analyse en abordant une nuance cruciale de l’étude qui distingue deux types d’exposition :
- Les professions « à forte complémentarité » : les travailleurs peuvent tirer profit de l’IA pour augmenter leur productivité.
- Les professions « à faible complémentarité » : les tâches pourraient être directement affectées, voire remplacées par l’IA.
Autrement dit, les premières vont muter avec l’IA et accroître leur productivité, tandis que les secondes sont clairement à risque. Quelle profession retrouve-t-on dans cette catégorie ? Les professions dans les industries de la finance, des assurances, de l’immobilier, des services professionnels ou des administrations publiques.

Pour les départements RH concernés, ces données constituent un signal d’alerte : formation continue, accompagnement au changement et stratégies de gestion des talents devront s’adapter à cette nouvelle réalité où l’IA devient un nouveau collègue de travail !
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