Comment améliorer ses compétences en communication de la science et de la santé?
Par Kévin Deniau

25 février 2026
La spécialiste en communication scientifique Isabelle Sokolnicka vient de concevoir une nouvelle formation afin d’apprendre à communiquer clairement des contenus complexes et techniques. Entrevue.
Commençons par revenir sur ton parcours. Comment as-tu été amenée à travailler dans la communication de la science et de la santé?
Isabelle Sokolnicka : Mon parcours illustre bien le mal que j’ai eu à choisir entre ces deux disciplines : j’ai un DEC en sciences de la santé et j’ai mené des études en sciences politiques et en journalisme. Le hasard a finalement fait en sorte que j’occupe un premier emploi de journaliste scientifique.
J’ai ainsi été amenée à lire dans ce cadre de longs articles scientifiques complexes, sur des enjeux que je ne comprenais pas nécessairement. Comme les troubles neurodéveloppementaux chez les enfants canadiens ou encore la greffe de cellules souches pour le traitement des cancers. Ce fut un excellent exercice : je devais faire l’effort de comprendre de quoi je parle !
Puis, j’ai travaillé dans l’équipe des communications de l’École de santé publique et de l’Unité de santé internationale de l’Université de Montréal. Avec, là encore, la mission de vulgariser des concepts, par exemple pour réussir à vendre un programme universitaire ou communiquer une nouvelle politique de santé dans un pays étranger – des défis complètement différents mais toujours de vulgarisation.
Après une expérience en marketing philanthropique dans le secteur de la santé, j’ai occupé le rôle de directrice des communications pour une organisation en recherche clinique. J’ai pu amener les gens à comprendre l’importance des essais cliniques et les raisons d’y participer en chapeautant une équipe de communicants qui travaillent à démystifier ce domaine peu connu.
À quel moment as-tu eu l’idée de créer cette formation spécifique sur le sujet ?
Isabelle Sokolnicka : J’étais panéliste l’année dernière à un événement de communication scientifique en entreprise et j’ai réalisé à quel point il y avait un besoin d’une formation qui explique comment communiquer la science et la santé !
Certes, c’est un sujet de niche mais il est inexploré et ce n’est pas tout à fait les mêmes façon de faire que la communication traditionnelle. En tant que non scientifique, j’ai réalisé plus d’une fois à quel point il n’est parfois pas évident de faire des campagnes de communication sur des sujets très complexes et difficiles à vulgariser. Tout est parti de là .
Quelles sont les différences entre les communications « classiques » et scientifiques ?
Isabelle Sokolnicka : En communication classique, il faut évidemment comprendre ce que fait l’entreprise et le profil de tes consommateurs.
C’est plus compliqué dans le cadre d’une communication scientifique. On vient par exemple de faire une découverte qui a permis d’identifier un marqueur de cellule pour diagnostiquer une tumeur. Il faut alors essayer de voir en quoi cela peut être intéressant. Souvent, en mettant l’humain au centre de l’histoire.
Avec une contrainte majeure toutefois : tu ne dois pas dénaturer ce que les scientifiques te donnent. Tu ne peux pas dire n’importe quoi, il faut s’en tenir aux faits. C’est un bel exercice d’équilibriste pour transformer une donnée brute, que tu dois toi-même comprendre, en une information intéressante et compréhensible pour ta cible. L’aspect storytelling est central mais, pour y arriver, il faut réussir à poser les bonnes questions aux chercheurs. Il s’agit quasiment d’un travail de professeur qui doit enseigner au public ce qu’il doit retenir.
Existe-t-il des méthodes pour apprendre cela ?
Isabelle Sokolnicka : C’est tout l’objet de la formation ! Au-delà de soft skills, il existe en effet des techniques d’entrevue, de vulgarisation ou des outils de langage que j’ai moi-même utilisés dans le milieu professionnel.
Beaucoup de communicants doivent digérer des informations complexes et peuvent rapidement être perdus en l’absence de fondamentaux scientifiques. Ce qui peut amener un désalignement entre les besoins de leur direction des communications et le respect de l’exactitude de la science.
À quel type de professionnel cela s’adresse ?
Isabelle Sokolnicka : Pas seulement aux personnes qui travaillent dans la santé. Cela s’applique à n’importe quelle science : l’IA, les politiques environnementales, l’astrophysique… À partir du moment où il y a un besoin de traduire des informations complexes pour des responsables communication ou relations publiques qui ont besoin d’expliquer au public des nouvelles découvertes.
J’ajoute que c’est vraiment un sujet tout nouveau et qu’il existe très peu de formations sur le sujet. C’est d’autant plus important qu’il existe des techniques nouvelles et que nous vivons dans un monde confronté à la désinformation alors que la science joue une place de plus en plus importante dans nos vies.
Il est plus que jamais crucial qu’il y ait des personnes capables de comprendre les faits et de donner l’heure juste en s’appuyant sur la valeur des expertises scientifiques.
Découvrez la formation Science & santé : communiquer clairement sur Isarta :
