L’IA : chance ou ruine du CV ?

17 septembre 2026
On annonçait l’IA comme un outil de démocratisation du CV : avec l’IA, les candidats allaient pouvoir écrire des CV beaucoup plus vendeurs, à la hauteur de leurs vraies compétences. Aujourd’hui, le portrait est plus contrasté. Certes, des candidats se servent allègrement de l’IA. Au grand regret de certains recruteurs…
Pour mettre la table, voici un petit sondage maison, afin de connaître l’humeur des candidats et des recruteurs vis-à-vis de l’utilisation de l’IA dans le CV.

Du côté candidat, Stéphanie Bélisle pense beaucoup de bien de l’IA. Quand elle a voulu migrer d’un rôle de conseillère RH à celui d’analyste SIRH, elle a utilisé l’IA pour identifier ses compétences « transférables ».
Je trouve que les phrases sont plus parlantes et j’arrive à mieux décrire mes expériences », fait-elle valoir.
Il lui aura suffi de soumettre à l’IA son ancien CV, tout en lui demandant une version améliorée qui met de l’avant ses expériences passées en lien avec le nouveau poste convoité.
Carol Lopez a un parcours pour le moins atypique, étant passé de chercheuse spécialisée dans la gestion des risques en Arctique à médiatrice interculturelle dans le réseau scolaire québécois. C’est pourquoi elle a elle aussi utilisé l’IA pour mettre en évidence ses compétences transversales. Elle fait toutefois cette mise en garde :
Souvent, l’IA fait des propositions qui ne correspondent pas exactement à ce que l’on fait. Il faut faire attention à personnaliser soi-même son CV à la fin ».
« Les candidats perdent un peu l’occasion de se démarquer »
Adeline Fortin, conseillère numérique, concède que les CV produits à l’aide de l’IA permettent de communiquer plus clairement des compétences à un employeur. Elle émet toutefois aussi des réserves :
On perd cette touche de personnalité que l’on entrevoit dans une rédaction authentique. L’IA aide assurément à clarifier les idées et les mots, mais les candidats perdent un peu l’occasion de se démarquer par la manière dont ils choisissent de mettre en avant leur parcours et leurs compétences. »
Elle comprend pourquoi les candidats l’utilisent. Qu’on le veuille ou non, la rédaction de CV demeurera toujours un passage obligé ; rares sont ceux qui aiment » faire un CV. Adeline Fortin insiste malgré tout sur l’importance de savoir se démarquer face aux employeurs :
Je trouve dommage que nous entrions dans une tendance de « lissage ». Je suis peut-être restée attachée aux pratiques des années 2000, où les CV ressemblaient parfois à un patchwork de couleurs et d’icônes, mais au moins, c’était créatif et personnalisé. Les pratiques évoluent, certes, mais il faut quand même trouver le moyen de se démarquer, autant du côté candidat qu’employeur. »
Les «bons» candidats de moins en moins visibles…
Carl Frédéric De Celles, Président de l’agence iXmédia, dénote lui aussi une sorte de « lissage » ou d’uniformisation du contenu des CV découlant de l’utilisation de l’IA.
J’ai l’impression que les mauvais CV restent mauvais, mais que la majorité deviennent beige à l’ère de l’IA. »
Ajoutons qu’une méfiance commence à s’installer. Selon un sondage de juin dernier mené par Checkr, on apprend qu’un employeur sur deux (49%) se rend compte, après embauche, que le candidat retenu avait exagéré ses compétences en utilisant l’IA. Dans le même sondage, 59% des recruteurs trouvent « très difficile » de mettre la main sur des candidats qualifiés.
De manière plus large, Carl Frédéric De Celles constate que l’automatisation grandissante dans les processus d’application nuit également à la mise en lumière des meilleures candidatures.
Sur LinkedIn, c’est très facile d’appliquer sur tous les affichages qui passent, si bien qu’on n’arrive plus à percevoir les bons profils. Le marché de l’emploi me pousse à être en mode chasse plutôt qu’en mode observation, précise-t-il. J’essaye de voir où sont les bons candidats qui ne nous enverraient pas leur CV! »
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