Rédaction UX à l’ère de l’IA : « La microcopie d’une marque devient l’un des derniers espaces de différenciation réelle » Reviewed by Kévin Deniau on . 7 avril 2026 Selon la consultante en marketing Web Myriam Jessier, la rédaction UX est une discipline clé pour le succès d'une organisation. Même à l'heure de l 7 avril 2026 Selon la consultante en marketing Web Myriam Jessier, la rédaction UX est une discipline clé pour le succès d'une organisation. Même à l'heure de l Rating: 0

Rédaction UX à l’ère de l’IA : « La microcopie d’une marque devient l’un des derniers espaces de différenciation réelle »

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7 avril 2026

Selon la consultante en marketing Web Myriam Jessier, la rédaction UX est une discipline clé pour le succès d’une organisation. Même à l’heure de l’IA ! Elle signe d’ailleurs deux nouvelles formations (sur les bases et pour un niveau plus avancé) sur le sujet. Entrevue afin de mieux comprendre l’évolution de l’UX Writing dans les années à venir.

Tu parles de « ROI des mots ». Peux-tu rappeler en quoi la rédaction UX représente un investissement intéressant pour une organisation ?

Myriam Jessier : Le ROI des mots, c’est souvent invisible… jusqu’au jour où ça fait mal ! Un bouton mal libellé, un message d’erreur cryptique, un onboarding confus… Ce sont autant d’éléments qui créent de la friction. Et la friction, ça se traduit en abandon de parcours d’achat, en tickets pour le support, en baisse de NPS (net promoter score).

Les mots sont là pour guider, rassurer et réduire la charge décisionnelle. Il faut savoir que le corps humain envoie environ 11 millions de bits par seconde au cerveau pour traitement. La plupart de nos processus de pensée sont donc en mode pilote automatique.

L’UX Writing, c’est aussi une réduction des coûts cachés : moins de courriels au service client, moins d’utilisateurs qui appellent parce qu’ils ne comprennent pas le formulaire d’inscription, moins de désabonnements dus à une communication ambiguë etc.

Tu évoques également les notions de « charge cognitive » et de « psychologie Web ». Peux-tu expliquer ce qui se joue face à un contenu potentiellement inapproprié ?

Myriam Jessier : En ligne, le cerveau humain est en mode « survie informationnelle ». Il ne lit pas, il scanne. Quand le contenu ne correspond pas à l’état mental de l’utilisateur (trop technique, trop froid, trop long, mal placé…), cela crée de la dissonance cognitive.

C’est-à-dire de l’inconfort psychologique généré lorsqu’une information perçue contredit un schéma mental préexistant. Ça force le cerveau à résoudre la tension, souvent en rejetant l’information plutôt qu’en révisant la croyance.

Ce qui se joue concrètement : l’utilisateur ne fait pas confiance. Et sans confiance, pas d’action. Un message d’erreur qui dit « Erreur 403 » sans aucune explication, c’est un échec d’empathie. À l’inverse, « Oups, vous n’avez pas accès à cette page. Voici ce que vous pouvez faire à la place », ça maintient l’engagement.

Je me souviens, il y a des années, on avait fait une page 404 super mignonne pour un grand supermarché au Québec mais sans UX, juste du design. Résultat ? Des centaines de courriels de clients qui signalaient avoir vu une page qui disait de contacter le support car une erreur s’était produite… Pas fameux. 

La psychologie nous enseigne aussi que les mots activent des schémas émotionnels. « Commencer gratuitement » et « Essai gratuit » ne déclenchent pas les mêmes représentations mentales, même si l’offre est identique. Le rédacteur UX doit connaître ces leviers sans les exploiter de manière manipulatoire. 

Avec l’IA, on a l’impression que cette tâche peut-être automatisée… Même si les microcopies reflètent l’humanité d’une organisation. Comment places-tu le curseur ?

Myriam Jessier : Avec l’IA agentique, on fait face à des nouveaux enjeux. Il faut guider les robots qui agissent comme ambassadeurs d’humains qui sont clients ou visiteurs, mais aussi guider les humains eux-mêmes. Une IA ne comprend pas pourquoi les couchers de soleil de Kamouraska sont incroyables.

J’ai un ton unique quand je parle et quand je rédige. L’IA génère une régression vers la moyenne, la synthèse statistique de tout ce qui a déjà été écrit. Ce que je pense, ce que je vis, ce que je dis, ce qui me rend unique, elle ne peut pas le prédire avec assurance. 

La vraie question n’est pas « l’IA peut-elle rédiger de la microcopie?” mais plutôt à quel coût ? Le nombre de fois où je vois des contenus qui disent “emails” au Québec parce que la “moyenne” qui est “probablement” attendue est influencée par des contenus de France…

Quand une organisation automatise sa rédaction UX sans garde-fous éditoriaux, elle risque une dilution de son capital de marque. Sa voix devient interchangeable car elle devient médiocre. Dans un écosystème web, la voix et le ton d’une marque sont les vecteurs d’une différenciation réelle, un moyen de s’ancrer dans l’esprit des gens. Ça s’acquiert par la compréhension profonde des états mentaux des utilisateurs et de la culture de marque.

Je positionne l’IA comme un accélérateur de production mais le jugement contextuel, je le laisse à l’humain. C’est ce qu’on appelle une production avec un humain dans la boucle (human in the loop).

Ce qui m’inquiète concrètement ? Les organisations qui vont mesurer le succès de leur automatisation UX par le volume produit plutôt que par la cohérence de l’expérience. La microcopie, c’est la couche la plus granulaire de la relation marque-utilisateur. Mon objectif est de montrer comment on peut gérer deux impératifs en même temps : préserver sa marque tout en la faisant croître grâce à un accélérateur de production. 

Quels sont les usages de l’IA que tu vas montrer dans cette formation pour améliorer sa rédaction UX ?

Myriam Jessier : Tout le monde ou presque utilise l’IA aujourd’hui. Mon objectif est de montrer comment bien utiliser les outils IA. On va travailler sur des cas pratiques : utiliser l’IA pour générer des variations de microcopies et affiner par itération, auditer l’existant (faire identifier à l’IA les incohérences de ton), créer des arbres de décision pour les messages d’erreur, et construire des glossaires de marque que l’IA peut ensuite respecter dans ses suggestions.

J’insiste également sur comment prompter de façon contextuelle. « Écris un message d’erreur » donne un résultat générique. « Écris un message d’erreur pour un utilisateur qui vient de perdre ses données, dans le ton d’une marque fintech qui valorise la transparence radicale », c’est plus adapté ! 

À ton avis, est-ce que la rédaction UX peut devenir un différenciateur à l’heure de l’IA ?

Myriam Jessier : Je pense que oui, et, ironiquement… à cause de l’IA ! Quand tout le monde utilise les mêmes outils génératifs avec les mêmes paramètres par défaut, les interfaces vont se ressembler de plus en plus.

La microcopie d’une marque devient donc l’un des derniers espaces de différenciation réelle. Les organisations qui investissent maintenant dans une identité verbale forte avec des consignes de contenu, une voix documentée, une intention éditoriale claire vont être capable de se différencier. Les autres vont fondre dans la masse du contenu généré qu’on assimile à de la bouillie IA. 

Quelles sont les compétences nécessaires pour être UX Writer aujourd’hui ?

Myriam Jessier : Le profil hybride est devenu incontournable. On porte plusieurs chapeaux parce qu’il faut avoir de l’empathie pour l’utilisateur, une bonne lecture des données statistiques, une connaissance des principes de psychologie cognitive et une capacité à collaborer avec le design et le développement, en maîtrisant des outils de test de contenu.

Ajoutons à cela la capacité à diriger des outils IA sans finir par être pris en otage par ceux-ci. Un bon rédacteur UX doit savoir pourquoi les mots fonctionnent, pas juste lesquels utiliser. C’est la différence entre un artisan et quelqu’un qui suit une recette sans comprendre pourquoi on suit chaque étape. 


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