Et si la baisse de l’emploi des juniors provenait moins de l’IA que… du télétravail ?
Par Kévin Deniau

28 mai 2026
L’intelligence artificielle remplace-t-elle vraiment les emplois de junior ? De nombreux rapports semblent valider cette hypothèse, chiffres à l’appui. Pourtant, une étude de deux chercheurs de la London School of Economics vient apporter une nuance. Le responsable serait plutôt… le télétravail. Analyse.
La séquence a fait le tour du monde. Le 15 mai dernier, devant des étudiants de l’Université d’Arizona, l’ancien directeur de Google, Eric Schmidt s’est fait huer dès qu’il a commencé à évoquer l’intelligence artificielle.
Votre génération craint que l’avenir soit déjà tout tracé, que les machines prennent le pouvoir, que les emplois disparaissent, que le climat se détériore, que la vie politique soit divisée et que vous héritiez d’un gâchis dont vous n’êtes pas responsables. Je comprends cette crainte, » improvise-t-il alors afin de calmer les ardeurs.
Il faut dire que les signaux n’augurent rien de bon pour la nouvelle génération qui s’apprête à intégrer le marché du travail. Une étude publiée par trois chercheurs de l’Université de Stanford, en Californie, indiquait l’an dernier que, depuis fin 2022 et l’irruption de ChatGPT auprès du grand public, l’emploi global a connu une solide croissance… sauf pour les salariés en début de carrière ! Plus précisément dans les professions les plus exposées à l’IA, comme le développement de logiciel.

Un constat corroboré même par les principaux acteurs de l’intelligence artificielle. Pourquoi embaucher des juniors pour faire des tâches simples (compte-rendus de réunions, analyse de marché etc.) alors que ChatGPT et consorts en sont capables en un rien de temps.
Le télétravail en ligne de mire ?
L’IA responsable de la difficulté sur le marché du travail des juniors ? Cela n’est pas si sûr répondent deux universitaires de la London School of Economics dans une étude récente.
Nous estimons que ce verdict est prématuré, car l’exposition à l’IA générative est fortement corrélée à un autre choc post-pandémique : le télétravail », expliquent-ils.
Autrement dit, la corrélation entre IA et baisse de l’employabilité des juniors ne serait peut-être pas une causalité. Car, dans le même temps, le télétravail a connu un essor équivalent. Et comme le travail à domicile concerne souvent les mêmes postes et secteurs concernés par l’IA, les deux raisons peuvent se confondre au point de ne plus pouvoir distinguer laquelle est vraiment responsable de cette conséquence finale.
Après un minutieux travail statistique sur plus de 400 millions d’offres d’emplois en ligne et 243 millions de nouvelles embauches entre 2017 et 2025 aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada et en Australie, ils ont tout de même réussi à faire parler les données.
Nos résultats indiquent nettement que l’exposition au télétravail est un meilleur indicateur de la baisse du recrutement en début de carrière » affirment-ils alors.
Tentative d’explication : à distance, il est plus difficile de former et de superviser le travail d’une personne novice sur le marché du travail, donc les entreprises vont préférer faire confiance à des profils plus expérimentés.
Difficile évidemment de trancher le débat avec une seule étude. Mais cette dernière a au moins le mérite d’apporter un peu de nuance. D’autant plus à l’heure où le télétravail semble reculer désormais dans les organisations… alors que l’IA, elle, ne cesse re progresser !
Elle vient également en complément de certains discours de responsables des ressources humaines qui ne souhaitent pas remettre en question le recrutement de junior.
S’il n’y a pas de transmission demain, il n’y a pas de relève et l’avenir de l’entreprise est remis en question », indiquait par exemple dans le média français Les Echos Véronique Violin, la DRH de Deloitte France.
Un discours en phase avec sa consoeur de chez KPMG : « Réduire ces recrutements serait une erreur stratégique. »
Le débat reste ouvert.
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