Comment les entreprises québécoises peuvent réagir après la mort de George Floyd ? Reviewed by Kévin Deniau on . 2 juin 2020 À la suite du tragique et révoltant événement ayant entraîné la mort de George Floyd, le 25 mai dernier à Minneapolis, les États-Unis sont en ébulli 2 juin 2020 À la suite du tragique et révoltant événement ayant entraîné la mort de George Floyd, le 25 mai dernier à Minneapolis, les États-Unis sont en ébulli Rating: 0

Comment les entreprises québécoises peuvent réagir après la mort de George Floyd ?

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2 juin 2020

À la suite du tragique et révoltant événement ayant entraîné la mort de George Floyd, le 25 mai dernier à Minneapolis, les États-Unis sont en ébullition. Alors que des manifestations réclament la fin du racisme, des marques se joignent au mouvement. Et qu’en est-il au Québec ?

Nike a par exemple rapidement réagi en détournant son célèbre slogan « Just do it » en « Don’t do it » :

On se rappelle que la marque sportive avait déjà pris position en 2018 en mettant en vedette Colin Kaepernick, le joueur de football américain qui s’était agenouillé pendant l’hymne national afin de protester contre le racisme aux États-Unis et les violences policières, dans une publicité (primée) justement pour les 30 ans de son slogan.

Son principal concurrent, Adidas, a d’ailleurs retweeté le message :

De nombreuses autres marques ont décidé de prendre la parole également, dans ce moment d’extrême tension – alimenté notamment par un Président américain en quête d’une réélection en novembre prochain.

Les plateformes et entreprises musicales se sont pour leur part mises sur pause et ont affiché des carrés noirs en ce 2 juin en soutien au « Black Out Tuesday »

Twitter a affiché un logo et un fond noir ainsi que le mot-clic #BlackLivesMatter :

 

Des réactions qui peuvent être critiquées toutefois car pouvant être perçues comme opportunistes, comme le révèle le site La Réclame qui pointe le tweet de Cindy Gallop, une ancienne directrice d’agence publicitaire :

Ou la publication de l’influenceuse et mannequin Munroe Bergdorf envers L’Oréal :

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Excuse my language but I am SO angry. FUCK YOU @lorealparis. You dropped me from a campaign in 2017 and threw me to the wolves for speaking out about racism and white supremacy. With no duty of care, without a second thought. I had to fend for myself being torn apart by the world’s press because YOU didn’t want to talk about racism. You even tried to get me to incriminate myself with pairing me up with your shady lawyers, when I had done NOTHING wrong. THAT is what you get for ‘speaking out’ when employed by @lorealparis. Racist snakes. You do NOT get to do this. This is NOT okay, not even in the slightest. I said just yesterday that it would only be a matter of time before RACIST AF brands saw a window of PR opportunity to jump on the bandwagon. Fuck you. Fuck your ‘solidarity’. Where was my support when I spoke out? Where was my apology? I’m disgusted and writing this in floods of tears and shaking. This is gaslighting. If you care about me or #blacklivesmatter, don’t let @lorealparis get away with this.

Une publication partagée par MUNROE (@munroebergdorf) le

Et au Québec ?

Dans le province, très peu d’entreprises ont pris position, même après la manifestation à Montréal cette fin de semaine.

Sur le groupe Facebook des professionnel.les des médias sociaux et du Web au Québec, les experts du secteur s’interrogent.

Bien que le sujet me révolte énormément, je ne trouve aucun lien pour mon entreprise ou mes clients », explique l’un d’eux, en évoquant la crainte que ça ait l’air opportuniste.

Certains ont même conseillé à leurs clients de mettre en pause leur publication notamment sur Instagram. D’autres aimeraient participer mais ont peur de passer pour des imposteurs et aimeraient avoir des consignes sur les informations à véhiculer.

La fondatrice du groupe, Rachelle Houde Simard, indique pour sa part :

Mettez vous sur “mute”, suivez les leaders des communautés noires, si votre marque/organisme est pertinente pour la communauté noire affichez votre soutien mais surtout, SURTOUT, évaluez comment votre organisme soutient les individus des communautés noires (accès à l’emploi, discrimination, représentation) et mettez en place des nouvelles politiques rapidement pour améliorer la situation. Il faut se poser la question: est-ce que j’amplifie la cause ou est-ce que je cause du bruit ? Individuellement, amplifiez le contenu des membres de la communauté. Mettre une image de profil noire ce n’est pas suffisant ».

Julia Vumilia Vira, responsable des campagnes numériques au sein de C2 Montréal, se montre plus catégorique encore :

En fait, à partir du moment où quelqu’un ou une entreprise reste silencieuse, à partir du moment où elle ne fait rien pour agir à son niveau parce qu’elle « ne se sent pas concernée par ce problème”, c’est qu’elle participe à ce système. Ne pas prendre position, c’est ne pas être anti-racisme; c’est bien là l’objectif de ce mouvement : c’est le moment de prendre position ».

Interrogée par Isarta Infos, celle qui a écrit une publication engagée sur le réseau social en tant que femme noire de l’industrie (et dont nous parlerons demain), précise sa pensée :

Aujourd’hui le mouvement Black Lives Matter a besoin d’alliés. Car ce problème, on ne le règlera pas qu’entre nous, on a besoin de tout le monde. À partir du moment où une marque ne répond pas à ça, ça veut dire qu’elle ne se sent pas concernée. Ce qui revient à ne pas voir la réalité en face aujourd’hui. Après, je ne conseille pas de réagir aujourd’hui forcément. Aller trop vite peut amener à faire des erreurs et entraîner des réactions négatives sur les réseaux sociaux. »

Voici ce qu’elle préconise concrètement :

Il faut prendre le temps de la réflexion, d’ici la fin de semaine, et se demander qu’est-ce qu’on a appris de cette crise et qu’est-ce qu’on fera dans le futur ? Prendre position, ce n’est pas afficher un carré noir, c’est agir dans la vie de tous les jours. Ça passe par le recrutement, par les brief, lors des shooting, des casting, des photos publiées en ligne, des créations de contenu… On ne peut plus ignorer qu’il n’y a pas de personnes noires dans le monde. Le fait que cette cause soit un sujet sensible, ça veut dire qu’il faut justement en parler ».

En résumé :

Ne pas rester silencieux et dire ce qu’on fait ou ce qu’on va faire, pour moi c’est ça le plus important pour une marque », insiste-t-elle.



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