Et si vous aviez déjà les compétences du futur ?

15 octobre 2026
L’IA menace de bouleverser le monde du travail. Le World Economic Forum (WEF) soutient que 40 % des compétences actuelles deviendront obsolètes d’ici 2030. A-t-on raison de s’alarmer ? Françoise Crevier, spécialiste en ingénierie andragogique, a proposé une vision beaucoup plus contrastée dans sa conférence « Compétences du futur : retour à l’essentiel », en mai dernier au Forum RH PME.
Françoise Crevier l’avoue d’entrée de jeu, elle n’adhère pas à la thèse selon laquelle 40% des compétences seraient appelées à disparaître, dans les cinq prochaines années.
Selon moi, 40 % de compétences vont être encore là, c’est plutôt au niveau des tâches en dessous que ça va changer. Évidemment, les gens mélangent toujours tâches, compétences, leadership… Si on prend l’exemple du leadership, ce n’est même pas une compétence. Je n’ai rien inventé, c’est la définition des chercheurs,» commence-t-elle.
C’est là que son discours devient intéressant, car il est ancré dans la science. Françoise Crevier rappelle que, selon les chercheurs qui se sont penchés sur le sujet, une compétence se définit comme un « savoir-agir », qui implique de produire un résultat attendu et mesurable. Elle donne la définition du chercheur français Guy Le Boterf :
Une compétence, c’est un savoir-agir complexe, qui donne un résultat attendu, grâce à des ressources internes : connaissances, habiletés, attitudes. Et des ressources externes: le Web, l’intelligence artificielle… Et quand tout ça travaille ensemble, on obtient le déploiement d’une compétence. (…) Il faut qu’une compétence ait un livrable complet, observable, évaluable. Une compétence doit avoir un livrable pour lequel je suis prêt à payer.»
Elle enchaîne avec la définition du chercheur québécois Steve Masson, qui a publié le livre Développer des compétences : comment mieux utiliser son cerveau en 2024.
[La production du livrable] est gérée par un centre de contrôle [le cerveau], qui agit comme un chef d’orchestre pour aller chercher les connaissances et les savoir-faire à chacune des étapes clés de la complétion d’un livrable. »
Selon cette définition, un poste compte généralement de 3 à 6 compétences, et dans une vie, un professionnel développera tout au plus une dizaine de compétences.
Habilités vs compétences
À la lumière de cette définition, on comprend que les « compétences » qui sont généralement mises de l’avant par le WEF n’en sont pas vraiment. Résoudre des problèmes, créativité, adaptabilité, faire preuve d’autonomie, leadership, intelligence sociale, ce sont tout au plus des habiletés, des attitudes ou même, des valeurs.
Et même là, Françoise Crevier souligne que ces habiletés ne sont pas nouvelles.
On avait déjà compris, il y a [plusieurs millions d’années], qu’on pouvait soigner la douleur avec de l’aspirine [écorce de saule]. Est-ce que ce n’est pas aussi un exemple de créativité et d’intelligence sociale ? Moi, j’ai une petite gêne quand on me parle de compétences du futur. »
Son hypothèse est qu’on utilise lesdites compétences comme d’un « buzzword » pour capter notre attention sur des compétences qui n’ont rien de nouveau.
C’est triste, car l’utilisation de ce buzzword fait en sorte qu’on puisse se sentir en retard – on peut penser qu’on n’a pas les compétences du futur. Arrêtez de chercher. La solution n’est pas là. »
Elle encourage les entreprises à dresser des profils de compétences pour les rôles de l’entreprise, tout en acceptant que le portrait va évoluer dans le temps.
Il va d’abord bouger sur les tâches en bas des compétences, précise-t-elle. Il va bouger parce que l’univers bouge, il va bouger parce que les outils IA vont se greffer. Ça va bouger pour toutes sortes de raisons, mais graduellement. »
C’est une vision moins anxiogène que celle proposée par le WEF!
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