PO Beaudoin : « Je veux faire savoir que la cyberintimidation, cela peut tuer des gens » Reviewed by Kévin Deniau on .   [caption id="attachment_70883" align="aligncenter" width="444"] PO Beaudoin a connu une controverse après l'affaire du taxi. "Autant les réseaux sociaux   [caption id="attachment_70883" align="aligncenter" width="444"] PO Beaudoin a connu une controverse après l'affaire du taxi. "Autant les réseaux sociaux Rating: 0

PO Beaudoin : « Je veux faire savoir que la cyberintimidation, cela peut tuer des gens »

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PO Beaudoin a connu une controverse après l’affaire du taxi. « Autant les réseaux sociaux peuvent être extraordinaires, autant, parfois, ils peuvent être destructeurs. » – Crédit : Guillaume St-Amand, gracieuseté PO Beaudoin.

27 novembre 2019

L’influenceur et youtubeur PO Beaudoin, qui fut au centre d’un raz-de-marée viral en mars dernier, s’apprête à donner des conférences sur la cyberintimidation. Nous l’avons interrogé pour en comprendre les raisons.

L’idée de cette entrevue est née par le plus grand des hasards. En consultant le bulletin mensuel de la ville de Saint-Lambert !  Dans un petit encadré, en page 5, était indiquée la prochaine conférence, le 7 décembre prochain à 11h du youtubeur et influenceur PO Beaudoin. Ce qui a vraiment retenu mon intention ? Son thème : la cyberintimidation.

Un sujet qui fait (malheureusement) de plus en plus les manchettes des médias ces derniers temps. Que cela soit en Corée du sud avec le possible suicide de la vedette de la K-pop à la suite de harcèlement en ligne. Ou encore lors de la diffusion des premiers épisodes de « The Mandalorian » sur la nouvelle plateforme Disney Plus, contre des personnes qui regrettaient l’absence de femmes. Pour ne citer que quelques exemples récents.

Le Gouvernement du Québec vient d’ailleurs de dévoiler une campagne de sensibilisation signée lg2 contre l’intimidation en ligne. Alors que, au cours des cinq dernières années, plus de 2,5 millions de Canadiens (surtout des femmes) déclarent avoir fait l’objet de cyberharcèlement selon Statistique Canada.

Une pratique digne des procès staliniens, selon l’auteur Gaspar Koenig.

Fitzroy Maclean affirme avoir entraperçu le visage de Staline caché derrière une vitre au plafond, qui observait le procès. Au moins pouvait-on à l’époque compter sur un manipulateur en chef, garant de l’existence du réel. Or voilà le plus angoissant : la vitre est devenue un miroir. Staline aujourd’hui, c’est nous tous, » indique-t-il dans un article paru sur le média français Les Échos

Huit mois après la polémique du taxi

Dans le cas de PO Beaudoin, tout est parti de la désormais fameuse « histoire du taxi », le 20 mars dernier. Après sa querelle avec un taxi, il publie la storie de sa mésaventure sur Instagram… et devient alors la cible de nombreuses moqueries. Le #POBeaudoinChallenge devient même l’un des mots-clic les plus populaires au Québec sur Twitter.

Huit mois plus tard, l’influenceur raconte à Isarta Infos comment il a géré cette situation et pourquoi il a décidé d’en parler publiquement lors d’une prochaine série de conférences sur la cyberintimidation.

Pouvez-vous nous expliquer tout d’abord à quel moment vous avez décidé de faire cette conférence sur le harcèlement en ligne ?

PO Beaudoin : Cette histoire, en mars dernier, a été le moment le plus difficile de ma carrière. Je me suis demandé comment il était possible, en moins de 48h, de recevoir plus de 10 000 messages de haine et plus d’une centaine de menaces de mort sur les réseaux sociaux ?

Cela a pris une ampleur incroyable au Québec. Tout le monde en parlait. J’étais devenu un bouc-émissaire. Tout le travail que j’avais effectué toutes ces années venait de s’écrouler à cause d’une erreur que j’ai faite et que je regrette encore.

Trois jours après l’incident, j’étais tellement épuisé que, pour la première fois, j’ai pensé à m’enlever la vie. Et c’est à ce moment que je me suis dit : si moi, qui suis bien entouré et qui travaille dans les médias sociaux depuis plusieurs années, j’ai voulu m’enlever la vie, alors je ne sais pas comment un jeune de 15 ans qui habite en région peut survivre à un tel type de haine.

Voilà d’où est parti cette volonté de faire cette conférence, dans laquelle je raconte aussi mon parcours et tous les événements qui m’ont permis de devenir qui je suis aujourd’hui… et de sortir de cette cyberintimidation.

Avec du recul, est-ce que c’est un événement que vous regrettez ?

PO Beaudoin : Si c’était à refaire, je ne le referais pas. Ni le chauffeur ni la compagnie de taxi n’avaient besoin de se faire filmer. Il faut se garder une petite gène et j’aurais dû juste en parler autour de moi et ne pas partager la vidéo sur mes plateformes. J’ai appris et je fais désormais beaucoup plus attention.

Quand tu travailles dans ce milieu, tu partages ton quotidien avec des milliers de personnes. Je l’ai toujours fait avec beaucoup de transparence. Mais il y a des moments où l’on est plus vulnérable. J’ai eu le réflexe d’ouvrir mon téléphone car je trouvais la situation grotesque.

En plus, j’ai dit le mot « carte cadeau » au lieu de « carte de crédit prépayée », une carte que j’avais utilisée toute la journée. Je venais en effet de tout me faire voler, mon portefeuille, mon ordinateur, mes caméras. Cela a donc eu tout de suite un effet boule de neige.

Mais je n’ai tué personne, je n’ai violé personne. J’ai fait une erreur, cela arrive à tout le monde. On grandit de ses erreurs. Sauf que quand tu travailles sur les réseaux sociaux, les retombées sont exponentielles.

Est-ce que le travail sur cette conférence vous a aidé à remonter la pente ?

PO Beaudoin : J’ai commencé par prendre une pause les semaines qui ont suivi. J’avais besoin de me retrouver et je me suis mis à écrire. Je ne savais pas du tout de quoi parler.

Je consulte une psychologue depuis 5 ans et je suis allé la voir après cette histoire. C’est elle qui m’a aidé à voir le fil conducteur de la conférence. Je n’oublierais jamais ce qu’il s’est passé mais je pense que c’est une bonne façon de prendre le négatif d’une chose et le transformer en positif.

Aujourd’hui, je veux faire savoir que la cyberintimidation, cela peut tuer des gens. Faire prendre conscience de l’impact que cela peut avoir. Je ne veux pas que cela soit touchant ou tomber dans le dramatique. Mais c’est la première fois que je pensais m’enlever la vie à cause de gens que je n’avais jamais rencontrés.

J’ai essayé d’ailleurs de chercher à comprendre qui étaient ces cyberintimidateurs et quelles étaient leurs raisons. Mais en fait, je me suis rendu compte que ce sont des gens comme tout le monde. Des pères de famille qui ont un travail de 9h à 17h, des infirmières… bref, des gens normaux mais qui sont juste méchants.

Quelles sont les solutions à mettre en place quand on est confronté à une telle situation ?

PO Beaudoin : Il y a des moyens pour contrer cela. On peut dénoncer les gens malveillants sur Internet. Il y a aussi des façons de les bloquer.

Il faut aussi savoir s’entourer de personnes de confiance. Ceux qui vont être là dans les bons… mais aussi et surtout dans les plus mauvais moments de ta vie. Cette histoire a permis de me rendre compte qui étaient mes vrais amis. J’ai fait beaucoup le ménage à la suite de cet événement.

Enfin, je sais que c’est facile à dire, mais il faut arrêter d’avoir peur et être fier de qui tu es et de ce que tu fais. J’ai une chaîne Youtube avec Marina Bastarache et, une des vidéos dont je suis le plus fier, c’est celle de mon coming-out. Ce qui freine le plus les gens, c’est la peur de se faire juger, de se faire rejeter ou menacer. Le plus beau message que je peux donner aux jeunes, c’est ça : oser, travailler fort et ne pas laisser les autres vous détruire.

Avez-vous pensé à vous retirer des réseaux sociaux ?

PO Beaudoin : J’y ai pensé… mais je suis un créateur, j’aime créer. Et j’ai toujours envie de le faire, que cela soit pour moi mais aussi pour des agences ou différentes marques, sans me mettre de l’avant.

Si j’avais arrêté, cela aurait été une victoire des cyberintimidateurs. Autant les réseaux sociaux peuvent être extraordinaires, autant, parfois, ils peuvent être destructeurs. Tu peux recevoir un message haineux parmi mille messages positifs mais c’est celui dont tu vas le plus te rappeler.

Je me suis rendu compte que tu ne peux pas être aimé par tout le monde. S’il y a des gens qui ne t’aiment pas et qui rient de toi, cela veut dire aussi qu’il y a plein de gens qui t’aiment et qui respectent ce que tu fais. L’un vient avec l’autre.

Qu’on le veuille ou pas, les réseaux sociaux vont rester. Il faut juste faire attention à la façon dont on les utilise. Si tu n’aimes pas quelqu’un, tu as juste à te désabonner. Qui m’aime me suive en quelque sorte.

Où allez-vous donner vos conférences prochainement ?

PO Beaudoin : Les dates ne sont pas encore fixées. Le plan de match, c’est le printemps 2020. Je me suis fait approcher par des commissions scolaires et des écoles. On envisage aussi de filmer des extraits. On va essayer de faire le tour du Québec.

Vous souhaitez vous adresser en particulier aux enfants ?

PO Beaudoin : Je pense que c’est important de le faire dans les écoles. Mais cela s’adresse à tout le monde. 

Dans mon cas, ce ne sont pas spécialement les jeunes qui ont été méchants. Ce sont plutôt des personnes entre 40 et 45 ans qui n’ont justement pas connues les réseaux sociaux quand elles étaient à l’école et qui n’ont pas été instruites sur ces phénomènes.

On fait aujourd’hui en effet beaucoup de préventions dans les écoles. Et heureusement, car ce sont les jeunes qui sont sur les réseaux sociaux. Ce mouvement de sensibilisation est donc très important.

Les renseignements de la conférence de PO Beaudoin le 7 décembre prochain à Saint-Lambert sont ici.



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