Génération Z : 3 mythes revus et corrigés par la littérature scientifique

20 mai 2026
En avril dernier, une équipe de chercheurs menée par Jacques Forest a publié une analyse des recherches récentes sur les générations au travail, intitulée : « Pour en finir avec le mythe des générations au travail : ce que disent des études robustes et à grand déploiement ». Leur but était de déterminer si la description populaire que l’on fait de la génération Z était juste. Attardons-nous sur trois idées reçues que la science nous permet aujourd’hui de remettre en perspective.
1. Les Gen Z sont paresseux (ils n’aiment pas travailler)
Le premier mythe a trait au fait que la nouvelle génération serait « moins » travaillante que la précédente. En 2023, un chercheur allemand s’est plongé dans une base de données de plus de 584 000 travailleurs de tous les âges, ayant répondu à un sondage sur les valeurs au travail (le World Values Survey et l’European Values Study). Il a recalibré la réponse portant sur « l’importance du travail » en la rapportant à l’année de naissance du répondant, puis à l’étape de son cycle de vie.

Lorsque l’on pose la question à un moment X, on constate que les plus vieilles générations accordent plus d’importance au travail (graphique de gauche). Toutefois, en recalibrant les réponses pour effacer l’effet de l’âge, les chercheurs montrent que toutes les générations suivent essentiellement la même courbe de motivation au travail : la motivation est faible lorsqu’on est jeune, puis elle augmente avec les années qui passent.
Les études longitudinales montrent que la motivation au travail varie surtout selon l’âge (stade de vie) et le contexte économique, pas selon la génération, explique le groupe de recherche québécois. Les jeunes de toutes les époques ont accordé moins d’importance au travail que les personnes en milieu de carrière. Une fois les effets d’âge et de période contrôlés, aucune baisse générationnelle spécifique n’apparaît. »
2. Les Gen Z sont anxieux (ils ont un constant besoin de validation)
Dans une méta-analyse publiée par le Journal of Business and Psychology en 2024, des chercheurs ont revu toutes les études sérieuses conduites sur les générations de 2009 à 2012, portant sur les générations au travail. Ils ont mesuré les variations générationnelles sur les valeurs fortes du monde du travail :
- les motivations intrinsèques (goût pour la croissance personnelle, l’intérêt au travail, l’autonomie)
- les motivations extrinsèques (le salaire, la sécurité d’emploi, l’environnement de travail)
Et ils n’ont trouvé aucune différence statistique « significative » entre les générations !
Les méta-analyses montrent que toutes les générations valorisent le sens, l’autonomie et des relations de qualité, précisent les chercheurs québécois. Ces besoins ne sont pas générationnels, ils sont humains. Ce qui change, ce sont les attentes exprimées, souvent plus explicites chez les jeunes, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et de transformations rapides du travail. »
3. Les Gen Z sont déloyaux (ils changent toujours d’emploi)
Dans la dernière étude, le même effort a été fait pour mesurer les variations des générations sur des indicateurs RH, tels l’intention de rester en emploi, la satisfaction au travail, la mobilisation, etc. Cette fois, les chercheurs ne trouvent aucune différence significative qui ne peut pas être expliquée par l’âge – les jeunes veulent la liberté et les moins jeunes, la sécurité.
Les intentions de départ sont principalement liées à la qualité du leadership, aux conditions de travail et aux opportunités de développement. Très peu à la génération. Historiquement, les jeunes travailleurs ont toujours changé davantage d’emploi — non par manque de loyauté, mais parce qu’ils sont en phase d’exploration professionnelle. »
De quoi battre en brèche certaines idées reçues.
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