Pourquoi l’IA inquiète-t-elle autant dans les pays occidentaux ?

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29 octobre 2026

Une étude récente de Gallup montre une inquiétude marquée dans les pays occidentaux face à l’essor de l’intelligence artificielle. Tentatives d’explications.

Il y a quelques mois, nous évoquions sur Isarta un double paradoxe sur l’IA. D’une part, en termes de productivité avec des salariés qui constatent une hausse de leur performance mais des entreprises qui peinent à en retirer des bénéfices concrets à plus grande échelle.

D’autre part, en termes de confiance avec la génération Z qui est celle qui l’utilise le plus… mais également qui en éprouve le plus de sentiment négatif.

L’étude mondiale (37 pays) diffusée par la firme de sondage Gallup en septembre dernier vient ajouter une pièce dans la machine de cette ambivalence.

Premier constat : l’usage s’est massivement développé pour les pays à la pointe. Ainsi, 47% des Canadiens de 15 ans et plus utilisent des outils d’intelligence artificielle au moins une fois par semaine et près d’un tiers (29 %), tous les jours. Classant le pays dans les 10 premiers au monde en termes d’usage derrière Singapour (62 %) ou la Chine (61 %) mais devant le Royaume-Uni ou les États-Unis.

Globalement, Gallup note que, dans 34 pays sur 37, les émotions positives demeurent dominantes (médiane de 72 % de sentiments positifs contre 41 % de négatifs). La curiosité arrive en tête (64 %), tandis que l’inquiétude globale s’établit à 32 %.

Le paradoxe « occidental » ? Dans les pays occidentaux où l’utilisation est la plus élevée, le taux d’inquiétude… atteint également des sommets ! Aux États-Unis, le pays leader pour l’heure sur le sujet, 74 % des personnes interrogées se montrent inquiètes à propos de l’IA.

Le Canada, les Pays-Bas ou le Royame-Uni n’étant pas loin derrière. Certes, les utilisateurs les plus actifs sont les moins inquiets… mais ils restent malgré tout majoritairement inquiets !

Difficile évidemment d’isoler une raison particulière à cette méfiance occidentale. Tentons toutefois d’apporter quelques pistes de réponses en abordant d’autres études sur le sujet.

Un vrai gain au travail ?

La première est l’oeuvre est la firme de services technologiques Adaptavist, qui a mené en mai dernier une enquête auprès de 2 500 salariés dans le domaine du savoir dans cinq pays (États-Unis, Canada, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne). Son titre ? Comprendre le coût humain de la transformation de l’IA.

L’enseignement principal : au lieu d’alléger la charge de travail, l’IA ne fait en réalité que la redistribuer ! Avec un chiffre symptomatique à l’appui : 42 % des répondants passent plus de temps à vérifier les résultats de l’IA qu’ils n’en gagnent du fait de son utilisation. En ligne de mire, le désormais célèbre AI Slop, dont nous parlions déjà en octobre dernier, ce contenu professionnel généré par l’IA qui donne l’impression d’être du bon travail mais qui manque en réalité de substance pour réellement se révéler utile.

Résultat : près des deux tiers (65 %) des répondants éprouvent régulièrement de la nostalgie à l’égard de la manière dont le travail fonctionnait avant la généralisation de l’IA.

Plus précisément, près de la moitié (46 %) sont frustrés de constater que des tâches nécessitant des années d’expertise peuvent désormais être réalisées par presque n’importe qui grâce à l’IA.

Une conséquence déjà visible sur les emplois des jeunes

L’autre étude nous vient de la Banque de France qui a analysé les premiers changements du marché du travail sur les jeunes avec l’essor de l’IA générative. Le constat est alarmant : les embauches des 21-29 ans sont en chute libre (-28,3 % pour les métiers les plus exposés) depuis l’arrivée de ChatGPT, il y a près de quatre ans.

Même si les auteurs de l’étude se montrent prudents, puisque la période a aussi coïncidé avec « le resserrement monétaire, la correction post-Covid du secteur technologique et le développement du télétravail », qui peuvent aussi avoir un impact négatif sur le recrutement de juniors.

Il n’empêche, ce signal vient en complément d’autres. À l’image de cette enquête de l’Association nationale des DRH (ANDRH), toujours en France, qui indique que 10 % des employeurs ont déjà réduit leurs recrutements de juniors face à la montée en puissance de l’IA.

De quoi en effet justifier l’inquiétude ambiante.