Recours aux travailleurs temporaires : les entreprises québécoises frappent un mur Reviewed by Philippe Jean Poirier on . 20 octobre 2026 Ces dernières années, les gouvernements canadien et québécois ont restreint l'entrée des travailleurs temporaires, en augmentant notamment le sa 20 octobre 2026 Ces dernières années, les gouvernements canadien et québécois ont restreint l'entrée des travailleurs temporaires, en augmentant notamment le sa Rating: 0

Recours aux travailleurs temporaires : les entreprises québécoises frappent un mur

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20 octobre 2026

Ces dernières années, les gouvernements canadien et québécois ont restreint l’entrée des travailleurs temporaires, en augmentant notamment le salarial médian de façon accélérée et en limitant l’embauche des travailleurs peu qualifiés à 10 % des effectifs dans plusieurs secteurs d’activité. Depuis, les entreprises peinent à seulement renouveler les permis de travail de la main-d’œuvre étrangère déjà embauchée. Nous avons abordé cet enjeu avec Émilie Sauvé, stratège et formatrice en immigration, qui propose quatre nouvelles formations sur ce thème, dont « Recruter et intégrer des travailleurs étrangers temporaires ».

Isarta Infos : Quand on entend le discours des politiques tant canadiens que québécois, on sent une volonté de limiter le recours aux travailleurs étrangers. Comment est-ce vécu sur le terrain par les employeurs?

Émilie Sauvé : À l’heure actuelle, on a l’impression que le travail des agents, c’est de refuser le plus de dossiers possibles. Les restrictions administratives se sont succédées à la vitesse grand V et les employeurs ne suivent plus et ne comprennent plus.

C’est rendu si complexe que, avant de faire une démarche de renouvellement, les employeurs doivent vraiment bien se renseigner. Même l’IA n’est plus capable de répondre à la question : est-ce que je peux renouveler mes travailleurs étrangers?

Quels sont les principaux enjeux administratifs qui ressortent?

É. S. : En 2024, le gouvernement a cumulativement monté le seuil de référence du salaire médian d’environ 20 %. [NDLR: Ce seuil est déterminé selon les régions et le métier]. Par exemple, si j’ai un mécanicien étranger que je dois renouveler à 36 $ de l’heure, alors que mes mécaniciens [locaux] sont à 32 $, je devrai les monter aussi à 36 $, par souci d’équité salariale. C’est une très grande hausse, car ça engage la masse salariale de toute l’entreprise. Et c’est là que les entreprises décrochent.

Le seuil du salaire médian détermine si le travailleur a un «haut» ou un «bas» salaire. Plusieurs employés ont jadis été embauchés dans le volet haut salaire, jouissant des avantages qui viennent avec. Du côté employeur, l’impossibilité de renouveler un employé dans le volet haut salaire peut signifier de devoir recommencer le processus administratif d’immigration chaque année.

D’un point de vue humain, ça signifie que le travailleur ne pourra pas renouveler le permis de travail ouvert de son conjoint ou de sa conjointe.

On entend souvent parler du recours aux travailleurs temporaires pour les emplois que les Québécois ne veulent pas faire. Mais il y a aussi une réalité de travailleurs étrangers qui pourvoient des postes spécialisés nécessaires dans les entreprises manufacturières. Est-ce bien cela?

É. S. : Pensez à des soudeurs, des machinistes, des mécaniciens. Nos écoles professionnelles n’en forment pas assez. La demande est forte, alors que plusieurs jeunes abandonnent la carrière. Les entreprises ont besoin de l’expertise des travailleurs étrangers pour continuer leurs activités.

Que font ces entreprises dans ces circonstances? Continuent-elles de recourir aux travailleurs étrangers malgré tout?

É. S. : La plupart des entreprises essaient de naviguer à travers les restrictions et les lois. Elles essaient d’y parvenir, mais plusieurs reçoivent des refus. Elles essaient alors de trouver des solutions créatives. Toutefois, je pense que le constat est partagé par tous : elles ne pourront pas suivre la cadence actuelle.

Les PME veulent investir en automatisation, en robotisation et en IA. Toutefois, comme les profits sont actuellement à la baisse, elles essaient de garder les investissements au minimum pour maintenir les entreprises en vie. Les travailleurs étrangers temporaires permettraient de sauver plusieurs entreprises. 

Quels sont les principaux leviers pour continuer de bénéficier de cette main-d’œuvre?

É. S. : D’une part, c’est important d’instaurer une échelle salariale qui suive la hausse du salaire médian. Ensuite, je recommande de documenter la contribution d’un travailleur étranger. Si on se contente d’augmenter son salaire pour l’amener au seuil médian, sans justification, le gouvernement risque de refuser la demande.

Il faut prouver que l’employé mérite réellement cette hausse en raison de son rendement exceptionnel. Donc, on doit nécessairement appuyer sa demande d’une évaluation de performance de tous les employés. Ça prend une structure RH rigoureuse, alors que plusieurs PME n’en ont pas. 

Y a-t-il d’autres enjeux administratifs à prendre en compte?

É. S. : Le délai de traitement crée beaucoup de stress et d’incertitude. Présentement, le délai de traitement de l’EIMT [NDLR : étude d’impact sur le marché du travail] est trop long… il dépasse parfois six mois!

Automatiquement, l’employé tombe dans une grande insécurité. Il se demande : est-ce que j’ai encore le droit de travailler? L’employeur peut lui obtenir une autorisation temporaire de travail en attendant que tout finisse par être traité, mais c’est extrêmement insécurisant autant pour l’entreprise que pour l’employé.

Plusieurs travailleurs doivent retourner dans leur pays avant de revenir. Ça engage des frais de transport et de gestion. Ils ne savent plus où se loger ni s’ils pourront revenir.

Souvent, un consultant réglementé en immigration canadienne (CRIC) ou un avocat va uniquement s’intéresser à la portion juridique de la démarche. À travers les nouvelles formations que je donne, j’essaie de dresser un portrait des enjeux que vivent les travailleurs étrangers en arrivant dans la société québécoise, ainsi que sur le terrain au sein de l’équipe locale.


Découvrez les formations de Émilie Sauvé :



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