IA : où sont les femmes ? Reviewed by Kévin Deniau on . 8 octobre 2026 L'intelligence artificielle crée des emplois très bien payés... dont profitent une majorité d'hommes. Les femmes, elles, restent relativement en 8 octobre 2026 L'intelligence artificielle crée des emplois très bien payés... dont profitent une majorité d'hommes. Les femmes, elles, restent relativement en Rating: 0

IA : où sont les femmes ?

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8 octobre 2026

L’intelligence artificielle crée des emplois très bien payés… dont profitent une majorité d’hommes. Les femmes, elles, restent relativement en marge de cet essor, comme professionnelles du secteur mais aussi comme utilisatrices. Analyse de cette inquiétante (mais non définitive ?) inégalité de genre.

Plus d’un million de nouveaux emplois créés aux États-Unis depuis la mi-2023. Voici l’estimation récente de The Economist. Avec des salaires nettement supérieurs à la moyenne. Selon Linkedin, les offres liées à l’IA ont pratiquement doublé depuis 2023, avec une rémunération affichée de près de 177 000 dollars, contre 80 000 $ pour des métiers non liés à l’IA.

Problème, toujours cette même étude, menée dans 27 pays : les femmes ne représentaient que 26 % des recrutements en IA en 2025, contre 50 % dans les autres métiers.

Les économistes du réseau social professionnel parlent d’une « triple pénalité » :

  • La pénalité de leadership. Elles sont quasi absentes des directions d’entreprises en IA : 13 % des postes exécutifs, contre 23 % en moyenne. Les champions du secteur sont presque tous dirigés par des hommes.
  • La pénalité de rôle. Elles sont minoritaires dans les fonctions d’IA : 29 % des effectifs à l’entrée, contre 48 % tous secteurs confondus. Surtout, elles occupent majoritairement les emplois les moins qualifiés (50 % des fonctions support par exemple). À l’inverse, 82 % des « forward deployed engineers », un des profils les plus recherchés actuellement, sont des hommes.
  • La pénalité d’entreprise IA. La proportion de femmes parmi les salariés des entreprises spécialisées dans l’IA est inférieure d’environ 5 points de pourcentage à celle observée dans les entreprises non spécialisées dans l’IA.
Women's representation declines at each step toward AI leadership

Un usage également moins fréquent

La différence de genre ne s’exprime pas seulement dans les carrières. Selon une enquête publiée par des chercheurs d’Harvard l’an passé, les femmes utilisent l’IA générative près de 25 % de moins que les hommes.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce retard n’a rien à voir avec un manque de compétences ou d’intérêt, indique Niki Hubaut, directrice France chez Confluent, dans cette tribune. Dans les entreprises technologiques, ce que l’on observe, c’est surtout une différence de posture face au risque. Beaucoup de femmes hésitent à utiliser l’IA de peur de paraître peu professionnelles (moins de rigueur, moins d’expertise, moins de valeur ajoutée), ou que leurs collègues pensent qu’elles « prennent des raccourcis ». Là où certains voient un outil d’accélération, d’autres y voient un possible procès en légitimité ».

Avec le risque, déjà existant, que les systèmes finissent par refléter les points de vue masculins dominants et ne fassent que renforcer ces biais. Selon le rapport The Future is Fem[AI]le, 88 % des algorithmes d’IA sont en effet développés par des hommes. Si 73 % des dirigeants jugent important d’avoir plus de femmes sur ces sujets, seuls… 33 % ont une femme aux commandes des décisions stratégiques !

Le moment d’agir ?

Dans une conférence l’an passé suivie par BDM, Leïla Grison, la directrice générale du Women’s Forum, veut rester optimiste : l’IA peut accélérer la réduction des inégalités.

Par exemple en offrant de nouvelles opportunités d’emploi, en facilitant la réorientation, en aidant à briser le plafond de verre grâce à une meilleure possibilité de se former ou encore en réduisant le poids des « doubles journées » (au bureau et à la maison).

Si l’on ne change pas notre regard sur l’IA, on va interdire l’usage de cette technologie à nos enfants. Et leur interdire l’accès à l’IA parce que l’on pense que l’utiliser c’est tricher, c’est les couper de la réussite dans un monde qui, demain, nécessitera de maîtriser l’IA pour être embauché, plus que les hard skills, » indique-t-elle.

Pour Niki Hubaut, « l’écart de genre se réduit fortement dans les organisations où les dirigeants encouragent explicitement l’expérimentation et normalisent l’usage imparfait de l’IA ».

Ce qui amène à la question de la culture d’entreprise et du climat de confiance instaurés pour faciliter l’adoption de l’IA.

La bonne nouvelle, c’est que les normes autour de l’usage de l’IA sont encore en cours de construction. Je suis convaincue que nous avons aujourd’hui une véritable opportunité de corriger la trajectoire, en orientant le récit vers l’inclusion plutôt que l’exclusion », conclut Niki Hubaut.