Pourquoi un incident RH mineur peut avoir des conséquences… majeures !

7 mai 2026
Un gestionnaire omet de remettre une carte-cadeau anniversaire à la date exacte d’embauche d’un employé et c’est la catastrophe. La motivation de ce dernier s’effondre le mois suivant. Un scénario exagéré? Détrompez-vous. C’est une réalité observée par des chercheurs américains, dans une étude publiée en décembre dernier. Explications.
En 2025, des chercheurs de l’université de Pennsylvanie (The Wharton School) et de l’université de Tel-Aviv ont analysé les données RH d’une grande chaîne américaine de commerce de détail qui avait en sa possession les dates exactes de remise en main propre de ses cartes d’anniversaire professionnel. Le groupe de chercheurs a découvert que les employés ayant reçu leur carte de cinq jours à un mois au-delà de la date d’embauche se sont aussitôt démobilisés. Ils ont même réclamé 50% de congé maladie en plus le mois suivant « l’offense » et ont travaillé deux heures de moins en moyenne !
En concevant leur protocole de recherche, les chercheurs voulaient démontrer l’impact d’un mauvais traitement « mineur ». On peut dire que les conséquences sont notables, tant sur le moral des employés que sur la santé financière de l’entreprise.
Le bon d’absentéisme s’est traduit par 216 jours d’absence supplémentaires à l’échelle de la chaîne de commerce de détail, entraînant une perte financière estimée à 129 600 dollars par an. Ce montant comprend 108 000 dollars de ventes perdues et 21 600 dollars de coûts opérationnels et de remplacement, précise l’étude.
Une démobilisation massive
Pour donner tout le contexte de l’étude, il faut préciser que les données se rapportaient aux années 2018-2019. Or, cette sensibilité «exacerbée» des employés ne date pas d’hier. Depuis, la situation n’a fait qu’empirer. Un sondage récent de décembre dernier montre que 25% des employés se sentent appréciés et engagés au travail (AWI Employee Engagement & Retention Report 2025). Un employé sur quatre! La démobilisation est énorme.
Comme réponse immédiate, plusieurs entreprises adoptent des plateformes numériques pour faciliter l’expression de la reconnaissance au travail. Des joueurs québécois comme Applauz, Accolad ou Altrum proposent chacun des murs sociaux, des systèmes de points de récompenses et de cartes cadeaux, liés à des campagnes d’envois de courriel automatisé pour souligner les anniversaires d’embauche et personnels.
Dans le cas de l’étude américaine, le déploiement d’une plateforme de reconnaissance employé aurait sans doute évité la plupart des ratages et gardé les employés heureux.
Toutefois, avec l’émergence d’une culture d’inclusion et d’ouverture à la différence, qui vient avec l’instauration de «safe space» et de formation sur les biais cognitifs, certaines personnes finissent par se demander si les travailleurs ne seraient pas juste devenus… trop sensibles ? Du moins, c’est la thèse que portent haut et fort des chroniqueurs comme le Richard Martineau et Sophie Durocher dans leurs nombreux coups de plumes sur le sujet (Ex : Pour travailler, parlez woke).
Comprendre avant de juger
Dans une vidéo sur la question, l’expert en diversité et inclusion Donald Thompson tente d’analyser la situation avec un peu plus de recul («DEI is Making People Too Sensitive»). Selon lui, les personnes qui appartiennent à des groupes marginalisés vivent des préjudices quotidiens qui justifient amplement le fait qu’ils puissent se sentir « facilement » blessés par certains gestes ou propos de collègues ou d’employeurs.
Avant de se demander ‘Pourquoi les gens sont-ils si sensibles’, avec un ton de jugement dans la voix, il serait préférable de sincèrement se poser la question, ‘Pourquoi les gens sont-ils si sensibles’?, en tentant de comprendre ce qui se passe vraiment pour eux, » explique-t-il
Si on prend un pas de recul, il est effectivement possible d’observer que les travailleurs sont plus sollicités que jamais. On leur demande de faire mieux avec moins et de constamment s’adapter à de nouvelles règles du jeu – du confinement à la frénésie de l’IA. La recherche montre une augmentation du stress et de l’épuisement au travail au Canada (Recherche en santé mentale Canada,2025). Voilà peut-être ce qui les rend « à fleur de peau ».
Terminons sur une note positive, en montrant que les travailleurs peuvent faire preuve de résilience. Dans l’étude américaine, la démobilisation découlant du mauvais traitement « mineur » s’est finalement résorbée très rapidement. Dès que la carte cadeau était remise, le niveau d’engagement revenait à son niveau normal dès le mois suivant.
Cela suggère que la relation peut être réparée grâce à une reconnaissance et une résolution rapide de la part du gestionnaire ou, alternativement, que les employés finissent par passer à autre chose et s’adapter à l’incident mineur », concluent les autres du rapport.
Tout compte fait, les employés de la chaîne américaine n’étaient peut-être si sensibles que ça! Du moins, ils ont eu la faculté de « passer à autre chose ».
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