Gestionnaires, osez poser cette question surprenante en entrevue Reviewed by Philippe Jean Poirier on . Jean-Pierre Brun, consultant RH pour le cabinet Empreinte humaine et professeur émérite à l'Université Laval (source : courtoisie) 5 mai 2026 Quand Jean-Pierre Jean-Pierre Brun, consultant RH pour le cabinet Empreinte humaine et professeur émérite à l'Université Laval (source : courtoisie) 5 mai 2026 Quand Jean-Pierre Rating: 0

Gestionnaires, osez poser cette question surprenante en entrevue

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Jean-Pierre Brun, consultant RH pour le cabinet Empreinte humaine et professeur émérite à l’Université Laval (source : courtoisie)

5 mai 2026

Quand Jean-Pierre Brun fait passer une entrevue d’embauche dans son cabinet de consultation RH, Empreinte humaine, il pose toujours la question suivante : « Si vous venez travailler chez nous, comment voulez-vous être reconnus? » Si la question surprend certains candidats, elle semble malgré tout couler de source, quand on connaît le parcours de ce spécialiste de la reconnaissance au travail. Entrevue.

Pourquoi posez-vous cette question ?

Jean-Pierre brun : La reconnaissance, c’est propre à chacun. Certaines personnes aiment les remerciements publics, d’autres non. Certaines veulent se faire reconnaître pour leurs accomplissements, d’autres pour leurs qualités personnelles. En posant directement la question à ses employés, on peut ajuster son approche de gestion.

Comment abordez-vous le sujet ? Comprennent-ils la question du premier coup?

J-P B: La plupart du temps, ils sont surpris et ne savent pas quoi répondre. Ils me demandent parfois quelques minutes de réflexion. Ce n’est pas une question à laquelle on réfléchit tous les jours. J’en profite pour leur expliquer davantage le concept. Je leur demande ce qui est important pour eux, en matière de reconnaissance, pour se sentir motivé au travail.

Il y a des gens qui, par exemple, trouvent important d’avoir accès à du soutien de leur gestionnaire. Ils veulent sentir que, dans le feu de l’action, s’ils ont un doute, le gestionnaire sera là pour les épauler. D’autres veulent être informés de comment évolue l’entreprise, ils veulent avoir de la visibilité sur les projets à venir.

S’ils sont déstabilisés, je leur donne des exemples de forme de reconnaissance.

Le concept de reconnaissance semble très large finalement ?

J-P B: Au travail, je vois deux besoins distincts.

  • Il y a un besoin de reconnaissance de base qui relève de la politesse. C’est ce que j’appelle la reconnaissance de gratitude. Tous les bravos, les mercis, les ‘good job’ échangés entre collègues.
  • Puis il y a un besoin plus fondamental qu’on appelle la considération. Les employés veulent se sentir des citoyens organisationnels. Ils veulent être informés, consultés et sentir qu’ils ont leur mot à dire.  

Ça doit donner des conversations intéressantes avec les candidats!

J-P B: En effet. Souvent, en fin d’entrevue, ils reviennent sur la question et me disent combien ils l’ont trouvée intéressante. Ce n’est pas une réflexion naturelle qu’on a tous les jours.

Que faites de cette information ? Est-il vraiment possible pour un gestionnaire de personnaliser son approche de reconnaissance pour chaque employé ?

J-P B: Bien sûr, il faut trouver un équilibre. Si on a 40 employés, ça ne signifie pas qu’on a 40 profils différents. Il y a des choses qui sont communes et des éléments distinctifs.

Le rôle d’un gestionnaire, c’est de bien connaître son équipe, pour savoir où sont les leviers de ses employés. Un peu comme un coach de hockey, il ne gère pas chaque joueur de la même manière. Il adapte sa gestion en fonction du joueur.

Selon les plus récents sondages, la reconnaissance semble être en berne dans les entreprises. Seuls 34% des conseillers RH se sentent appréciés (Achievers Workforce Institute, 2025). Faites-vous cette même observation sur le terrain?

J-P B: Je m’intéresse à la question depuis 25 ans et, effectivement, le besoin de reconnaissance semble être plus important aujourd’hui que jamais. Je vois une augmentation du désir d’être reconnu, à la fois de manière informelle, mais aussi de manière plus formelle, voire sous l’angle de la rémunération, surtout dans le contexte de la crise économique.

Les gens ne veulent pas juste des mercis, des bravos ou des félicitations. Ils veulent que la reconnaissance se manifeste par des gestes financiers concrets. Ce n’est pas la seule demande, loin de là, mais c’est un élément important.




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