Risques psychosociaux : « Le Québec fait fausse route »

1er juillet 2026
Lorsque vient le moment d’appliquer la nouvelle loi 27 sur les risques psychosociaux (RPS), la consultante RH Jenica Poirier voit d’importantes lacunes dans le profil de compétences des gestionnaires de terrain, responsables de veiller au bien-être des employés. Elle propose de dépasser les formations de base sur l’empathie et la communication non violente (nécessaires, mais insuffisantes selon elle), pour acquérir des compétences d’intervention psychosociale. Explications.
Jenica Poirier est intervenante psychosociale de profession. En cours de carrière, elle a migré vers des postes de gestion, puis un rôle de consultation et de formation en risques psychosociaux. Elle porte aujourd’hui un dur constat sur le bien-être des employés dans les entreprises québécoises :
Nous n’avons pas nécessairement la meilleure approche pour l’encadrer les RPS actuellement au Québec. Les gestionnaires ne sont pas suffisamment outillés; ceux qui proviennent des milieux académiques avec des MBA ou des baccalauréats en sciences de l’administration, on leur apprend à administrer des ressources. Mais on ne leur apprend pas à intervenir auprès des ressources humaines, » estime-t-elle.
Le sujet est d’autant plus important que les entreprises doivent se conformer à la Loi 27, depuis octobre dernier. Selon elle, les entreprises mettent principalement l’emphase sur le volet « administratif » lié aux risques psychosociaux – ils adoptent des politiques, puis se contentent de former leurs gestionnaires sur des compétences de base, comme la « communication non violente » et la gestion « bienveillante ».
Les gestionnaires ont besoin de plus que ça, fait-elle valoir. Il y a des gens qui arrivent au travail et qui ne vont pas bien du tout. Car la détresse que les gens vivent dans la sphère personnelle se répercute au travail. On dit alors au gestionnaire : ‘ce n’est pas ta job d’intervenir’. On se retrouve avec un trou noir où le gestionnaire qui n’est pas outillé devient le premier répondant de ces situations, » poursuit-elle.
On demande aux gestionnaires de mettre des plans de prévention en place, mais ils ne savent pas comment intervenir dans les conflits auprès de tempéraments plus difficiles ou quand il y a une personne en détresse, ajoute-t-elle.
On leur demande de légiférer ou de normer, mais on ne les outille pas pour intervenir, parce qu’on considère que ce n’est pas leur mandat. Il y a comme un angle mort dans la prévention des RPS au Québec en ce moment. »
Selon elle, une partie de la solution passe par la formation des gestionnaires dans le domaine de l’intervention psychosociale. Elle ne veut pas que les gestionnaires se substituent à des travailleurs sociaux ou des psychologues, mais ils devraient pouvoir être capables de faire de la gestion de crise, d’apaiser les conflits et d’être capable de gérer des tensions dans des réunions d’équipe.
Les sondages, pas la panacée
Plusieurs entreprises font peser leur politique de prévention des RPS sur des sondages internes de bien-être des employés, mais cela aussi est problématique.
Les sondages viennent avec un biais de réponses. Ce sont les gens qui ont tendance à être honnêtes ou à être volontaires qui vont répondre au sondage. Donc, il y a une strate de l’équipe qu’on ne sera pas capable d’aller chercher avec les sondages. »
La consultante propose d’ancrer des interventions avec des outils de psychométrie, comme des tests et des formulaires les personnalités.
Savoir quelles personnalités on a dans l’organisation et comment concilier leurs besoins, leurs intérêts et leur façon de réagir, c’est un excellent levier. Quand on parle de bien-être au travail, on parle beaucoup de faire des activités de team building. Or, souvent, il y a une part non négligeable de l’équipe dont ce n’est pas le style de cohésion et de communication. Malheureusement, ça ne les rejoindra pas. »
La consultante RH développe actuellement un programme de formation à cet égard, en plus d’offrir de l’accompagnement avec des chefs d’entreprise.
J’ai un partenariat avec la SADC de notre région [en Gaspésie] pour former les gestionnaires. J’ai mis la pratique avant la formation, c’est-à-dire que depuis les cinq dernières années, je suis en train de développer cette expertise-là parce que je l’ai vécu, je l’ai fait, je l’ai transmis et particulièrement avec des équipes d’intervenants. »
Avec la pleine entrée en vigueur de la Loi 27 sur les risques psychosociaux depuis octobre dernier, le sujet est brûlant d’actualité!
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