« J’essaie de rester ouvert face à l’IA » – Luis Clavis (cofondateur du studio montréalais Sonbon)

25 mai 2026
En mai dernier, les artistes derrière les groupes Valaire et Qualité Motel ont lancé un nouveau studio de musique à l’image et de sound design nommé Sonbon, axé sur la « collaboration humaine ». Ce choix peut surprendre, dans un contexte où de plus en plus d’agences de publicité et de maisons de production se tournent vers l’IA générative pour produire leur contenu sonore. Nous en avons discuté avec Luis Clavis, auteur-compositeur-interprète et cofondateur de Sonbon.
Luis Clavis l’avoue d’entrée de jeu, il a de la difficulté à se « réjouir » de l’arrivée de l’IA générative dans le domaine musical. Dans la dernière année, il a vu des collègues musiciens perdre des contrats sur des séries télévisuelles qui ont décidé de piger dans des banques libres de droits et des pistes sonores générées à l’IA pour faire la musique de production. Plus largement, il s’inquiète aussi pour la relève musicale qui arrive dans un marché « saturé ».
En tant qu’artiste, je ne peux pas dire que je m’en réjouis. Toutefois, j’essaie de rester ouvert face à l’IA. À mon avis, la bonne attitude n’est pas de se braquer. Je m’y intéresse, je reste à l’affût, je peaufine mes compétences. Je l’utilise pour garder la main, » explique-t-il.
C’est dans cet esprit que lui et son acolyte, François-Simon Déziel, ont lancé le studio Sonbon à Montréal, au début du mois de mai à Montréal.
« On ne veut pas entrer dans une lutte contre l’IA »
Nous préférons avoir une identité musicale propre et une signature où on sent l’humain derrière. Toutefois, si une production nous donne une semaine d’avis pour ajouter des orchestrations générées à l’IA, on est capable de le faire. On ne veut pas entrer dans une lutte contre l’IA. Nous voulons offrir un service humain ; nous maîtrisons l’IA, mais nous ne voulons pas le mettre de l’avant, » insiste-t-il.
Luis Clavis se veut réaliste – l’industrie audiovisuelle opère sous la contrainte de budgets et de temps limités. Les studios de créations doivent en tenir compte pour survivre.
Si on nous demande 35 déviations d’un même thème, et le client s’attend à ce que ce soit fait à l’IA, nous restons ouverts, » poursuit-il.
L’auteur-compositeur-interprète fait également remarquer que l’IA, comme outil de production, fait déjà partie intégrante de la vie des studios, depuis un certain temps déjà – que ce soit pour isoler des éléments sonores ou changer le timbre d’un instrument.
Pourquoi se lancer… maintenant?
Luis Clavis et François-Simon Déziel animent deux groupes déjà bien installés dans le paysage musical québécois : Valaire (2005) et Qualité Motel (2012). Il faut toutefois savoir que le duo fait aussi de la musique à l’image et du sound design depuis plusieurs années – sur des séries, des films et des publicités.
Au fil des ans, on y a trouvé une passion, on est devenu très efficace, explique Luis Clavis. En lançant le studio, on voulait s’afficher plus clairement dans ce créneau. On voulait que les gens sachent qu’on avait envie de faire ce genre de projets. Nous voulions aussi marquer le fait qu’à travers Sonbon, on ne se limite pas aux styles musicaux de Valaire et de Qualité Motel. Nous sommes beaucoup plus versatiles que cela. »
Luis Clavis reconnaît que son studio voit le jour dans un contexte de transformation des pratiques de production.
Le timing est spécial. Il y a un essor de la musique qui se génère tout seul. En même temps, on trouve ça important de faire savoir qu’il y a encore plein d’humains qui ont envie de faire de la musique. Je pense aussi que ça répond à un besoin : il va continuer à y avoir des gens qui veulent de l’humain derrière leur projet. Il pourrait même y avoir un ressac qui favorise des projets où la sensibilité humaine et le côté organique d’une production s’expriment, » avance-t-il.
Fidèle à sa posture d’ouverture, il reconnaît dans le même souffle que l’IA en elle-même, comme outil, combiné au travail de vrais artistes, peut amener de nouvelles possibilités de création.
Quand l’IA générative est utilisée par des musiciens, cela peut créer des choses intéressantes. Un artiste peut créer une chanson, puis demander à l’IA de générer par-dessus une orchestration. »
De tout évidence, les fondateurs du studio Sonbon veulent participer à la révolution en cours, tout en préservant leur âme de musiciens-artistes.
Sur le même thème
IA